Intervention du ministre roumain des Affaires étrangères, Lazăr Comănescu, à l'occasion du lancement, à Bucarest, de la présidence néerlandaise du Conseil de l'Union Européenne

Speaker: 
Lazăr Comănescu, ministre des Affaires étrangères
Date: 
01/11/16

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers invités,

Permettez-moi de vous remercier, en premier lieu, de l'invitation que vous m'avez adressée, de participer à ce lancement, à Bucarest, de la présidence tournante néerlandaise du Conseil de l'Union Européenne. Je veux, de la part du ministère des Affaires étrangères et du gouvernement de Roumanie vous souhaiter plein succès dans l'accomplissement de votre mandat et vous assurer aussi du plein appui accordé par la Roumanie à un agenda ambitieux d'intégration européenne.

Les Pays-Bas montent à la présidence de l'Union Européenne dans un contexte européen compliqué dans lequel nous continuons de nous voir confrontés à des défis intérieurs et extérieurs sans précédent.

L'agenda qui se trouve sous nos yeux est particulièrement aggloméré. Il n'y a pas de réponses simples et il n'y a pas de solution clefs en main. Tout ce que nous savons, c'est que ces défis ne sauraient être abordés qu'ensemble. Puisque ce n'est qu'ensemble qu'on saura trouver des solutions viables, reposant sur les valeurs et les principes fondamentaux mis à la base de l'Union Européenne. L'histoire du projet européen a bien prouvé que lorsqu'ils sont gérés de manière sage, les défis peuvent être transformés en opportunités, bénéfiques, à leur tour, à l'ensemble de l'Union. Pour ce faire, nous avons pourtant besoin d'encore plus de cohésion, de solidarité et de coopération. Nous avons besoin de projets concrets et de politiques à long terme bénéfiques à l'Union Européenne et à ses citoyens.

Nous avons de justes raisons d'être confiants, maintenant, que les Pays-Bas assument la présidence européenne pour une douzième fois. Nous comptons avec votre riche expérience, d'Etat membre fondateur, dans la voie de l'identification, au sein de l'Union Européenne à 28 membres, de solutions constructives aux problèmes inscrits à l'agenda actuel. La complexité des défis auxquels est confrontée de nos jours l'Union Européenne exige une approche commune, fondée saur des « éléments essentiels », voire exactement sur ce que les Pays-Bas entendent déjà faire. Et c'est là la raison pour laquelle nous entendons nous aligner, complètement, à l'objectif de la présidence néerlandaise de « se concentrer sur les éléments essentiels », à savoir sur les politiques justement qui ont produit de la valeur ajoutée, pour l'Union Européenne et pour les citoyens européens.


Mesdames et Messieurs,

Une Union plus puissante et plus compétitive, capable de faire front à un contexte mondial difficile est notre but commun.

C'est pour y aboutir que du temps de la présidence néerlandaise nous allons soutenir la totalité des mesures prises dans la voie de l'approfondissement du marché commun, spécialement en stimulant la croissance économique et la création de nouveaux emplois, par la revitalisation du marché commun et de sa dimension numérique. Les pronostics économiques de la Commission, récemment rendus publics indiquent que la reconstruction économique de l'UE reste volatile, tout comme les conditions globales, encore plus difficiles. Il nous faut donc, dans ce contexte, poursuivre nos efforts communs de consolidation d'une croissance économique robuste et durable. Les investissements et l'effort novateur sont ainsi les mots – clé de la création de croissance durable et de nouveaux emplois. Il nous faut ainsi transmettre un puissant message commun, d'engagement assumé face à l'objectif de la relance économique et de la création d'emplois, de la diminution des disparités et de l'édification de la convergence, autant de conditions préalables d'une Union stable, prospère et mieux intégrée.

Nous soutenons donc l'objectif de la présidence néerlandaise d'aboutir à une Union novatrice, concentrée sur la croissance économique et la création de nouveaux emplois. La croissance économique ainsi engendrée, tout comme les nouveaux emplois, constituent une condition clé de la réinstauration de la confiance dans l'avenir économique de l'Union Européenne.

Dans ce même ordre d'idées, nous sommes entièrement d'accord sur la nécessité de renforcer l'Union Economique et Monétaire. L'effort d'éviter les scissions et de maintenir l'unité et la cohérence du processus d'adoption des décisions, au niveau de l'Union Européenne à 28 membres, est aussi une condition préalable de la stabilité à long terme de l'Union. Nous faisons confiance à l'idée que seule une approche coordonnée, transparente et inclusive vis-à-vis des pays de l'extérieur de la zone Euro peut conduire à des solutions mieux équilibrées et efficaces en faveur de tous les Etats membres. Nous sommes en même temps favorables à un marché intérieur de l'énergie, bien développé. Des efforts communs accrus sont ainsi devenus nécessaires pour renforcer la dimension de sécurité énergétique – à travers le développement de l'infrastructure nécessaire, par la diversification des ressources, des routes d'approvisionnement et des fournisseurs d'énergie.

Nous avons retenu l'objectif que les Pays -Bas se donnent, de se concentrer sur la création d'une Union qui stimule et qui protège l'ensemble de ses citoyens. Plus que toute autre chose, la protection des citoyens signifie la garantie de la totalité de leurs droits, en qualité de citoyens européens, conformément aux Traités et à l'acquis communautaire, ce principe étant déjà très clairement souligné lors même des débats de date récente et de l'élaboration des propositions concernant l'avenir des rapports de l'Union Européenne avec la Grande Bretagne. Notre commun appui au Marché Unique doit illustrer également l'idée d'un appui à l'application, sans distorsions, du principe de la libre circulation des personnes et de la main d'œuvre, élément intangible et partie intégrante des Traités.

Les évolutions de date récente d'Europe et de son voisinage ont par ailleurs mis en relief des points de vue différents de la manière dont on peut mieux faire front à ces défis. Sans doute aucun, pourtant, l'Europe doit y faire front commun.

Les attaques de Paris, l'an passé, ont prouvé une fois de plus que le terrorisme est devenu un problème majeur de sécurité en Europe aussi. On ressent maintenant, plus que jamais, un besoin aigu de solidarité. La Roumanie soutient l'idée d'une coopération toujours plus vigoureuse entre les Etats membres, afin d'assurer une réaction efficace à des menaces croissantes. Les efforts consentis par l'Union Européenne doivent également être centrés sur des mesures préventives, moyennant l'approche des conditions sociales et économiques des personnes issues des communautés les plus vulnérables face à la radicalisation et au recrutement.

La Roumanie entend continuer, en même temps, de participer aux efforts de l'Union Européenne de faire front au phénomène de la migration par une approche bien large. Une attention spéciale doit ainsi être accordée à la mise en application des mesures convenues déjà jusqu'à présent, afin d'obtenir, dans le terrain, des résultats effectifs et durables. Il est en égale mesure particulièrement important de maintenir l'accent placé sur le dialogue et la coopération intensifiée avec les pays d'origine et de transit, sur la base d'engagements et de solutions communes, cette voie étant de nature à permettre des progrès vers l'approche des causes primaires de la migration clandestine.

Dans le contexte actuel, une meilleure gestion des frontières extérieures de l'Union Européenne est d'importance vitale pour le bon fonctionnement et l'unité de l'espace Schengen et là on a une démarche qui nous est communément bénéfique. La Roumanie soutient entièrement cet objectif et y contribue, essentiellement, par la sécurité assurée à un ample segment de la frontière extérieure de l'UE. La Roumanie continuera, en même temps, d'être partisane de l'idée qu'un espace Schengen puissant et élargi peut nous offrir, à nous tous, une réponse meilleure et plus efficace aux défis actuels.

Chers invités,

Pour ce qui est de la dimension des relations extérieures, nous soutenons l'objectif de la consolidation du rôle global de l'Union Européenne, un rôle qui prend pour point de départ le voisinage immédiat même de l'Union. Notre action extérieure sera couronnée de succès uniquement dans la mesure où nous allons réussir à nous impliquer et à nous munir d'une vision de la stabilité et du développement de nos partenaires de l'immédiat voisinage.

C'est la raison pour laquelle les principaux objectifs de la Politique européenne révisée de voisinage – notamment un voisinage stable et une offre de l'UE mieux différenciée, par rapport aux partenaires, prenant en considération leurs besoins individuels et leurs options européennes, répondent à notre commun intérêt.

La Roumanie entend promouvoir, à l'avenir encore, le Partenariat à l'est, en tant que principal cadre de coopération avec les partenaires européens, sous le signe de la Politique Européenne de Voisinage, dans sa forme révisée. Au delà de la dimension économique de l'intégration de nos partenaires, par la mise en application des Accords d'Association et de Libre Echange, il convient aussi de prendre en compte une approche encore plus ambitieuse de la dimension politique de l'offre de l'UE, lorsqu'il s'agit des partenaires les plus avancés en matière de réformes démocratiques. Il nous faut également nous tenir prêts à soutenir nos partenaires dans l'application de ces réformes. Je suis ravi de pouvoir souligner ici que la Roumanie et les Pays-Bas collaborent déjà dans le cadre de deux projets importants pour la République de Moldova, dans le domaine de l'appui à la Banque Nationale de Chişinău et des cours de perfectionnement des magistrats de ce pays.

La coopération régionale contribue directement à l'accroissement du niveau de sécurité et de stabilité, en Europe. Nous considérons ainsi que la Stratégie de la région Danubienne et la Synergie de la mer Noire sont autant d'instruments importants dans le développement continu de la coopération régionale, ayant des effets positifs sur l'ensemble de l'Union. Nous devons ainsi continuer de travailler ensemble pour améliorer les synergies des différents instruments, significatifs pour notre région. La Roumanie continuera également de soutenir la politique d'élargissement de l'UE dans le sud-est européen, ceci étant un projet de paix et de stabilité qu'il convient de mener de l'avant, sous le signe de la vision et d'un engagement politique accru.

Je dirais, en conclusion, que nous avons un agenda européen complexe, pour les six mois à venir. Nous espérons que la présidence néerlandaise, avec son pragmatisme bien connu, saura bien nous conduire au cours de ce semestre. Je vous souhaite une présidence de grand succès, riche en réalisations, au bénéfice commun de nous tous!